dimanche 15 février 2009

Bonhomme


« J’ai toujours aimé observer le comportement des gens, je n’ai jamais su pourquoi, mais c’est quelque chose qui m’a toujours fasciné, pourtant je suis de nature timide et je ne suis pas très sociable. Je fais partie des rares personnes du XXe siècle qui prône la solitude comme mot d’ordre, ce qui n’est pas une tache simple avec l’évolution et l’augmentation des moyens de communication. La vie parisienne m’a vraiment changé les idées, il faut dire que je ne m’attendais pas à ça étant petit (Je tiens à préciser que j’ai toujours eu une vision utopiste de mon futur bien que je sois pessimiste lors de l’instant présent. Petit on m’appelait Schopenhauer Junior, peut-être parce que je me prénomme Arthur). Cela fait bientôt 3 mois que je niche au 8e étage dans une chambre de bonne se caractérisant par un (soi-disant) canapé-lit (Je n’en sais trop rien, il n’y avait pas la traduction Suédois Français chez Ikea et soit dit en passant, il fait plus office de lit que de canapé). J’ai eu une large ouverture d’esprit niveau « physique » en découvrant le mode de vie parisien. Je suppose que je dois être à l’apogée de mon sex-appeal. Trônant au milieu de la pièce, nous pouvons constater une montagne de bouquins, l’Everest littéraire, les chutes du Niagara des mots. En parlant de chutes, il pleut dehors. La météo parisienne me tape sur le système nerveux. Ma matière est à la couleur du ciel de la capitale : grise.»

jeudi 12 février 2009

Petit Bonhomme


« Je vendis mon âme au diable à l’âge de 12 ans, un matin d’hiver, un dimanche. C’est le jour où je fais les courses pour papa et maman, il fait froid et le temps est gris. En effet, les nuages se chevauchent les uns par-dessus les autres pour ne former plus qu’un, on appelle ça la complémentarité, enfin, c’est ce qu’on me dit mais on dit tellement de bêtises à un enfant de 12 ans, sous prétexte que c’est un enfant, que ce n’est qu’un enfant. Les rues se ressemblent toutes, les hommes ne font pas dans l’extravagance, enfin c’est ce que je me dis, le goudron est dans les teintes noires et c’est lassant, on se lasse vite à mon âge, il n’y a que la couleur de la brique qui semble annoncer des touches de couleurs, encore une chance que je n’habite pas à Paris ou les immeubles sont à la couleur du ciel, gris. Je marche, ou plutôt je cours à travers la longue rue qui juxtapose l’espace familial à la place du marché, elle est longue et j’ai l’impression que les pas que je fais ne font que l’allonger. L’avantage d’avoir 12 ans, c’est de raconter des choses graves sans gravité, et l’on peut se permettre les répétitions, les adultes sont compréhensifs à cet âge-là. »

MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE RANGÉE







« Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Sur les photos de famille prises l’été suivant, on voit de jeunes dames en robes longues, aux chapeaux empanachés de plumes d’autruche, des messieurs coiffés de canotiers et de panamas qui sourient à un bébé : ce sont mes parents, mon grand-père, des oncles, des tantes, et c’est moi. Mon père avait trente ans, ma mère vingt-et-un, et j’étais leur premier enfant. Je tourne une page de l’album ; maman tient dans ses bras un bébé qui n’est pas moi ; je porte une jupe plissée, un béret, j’ai deux ans et demi, et ma sœur vient de naître. J’en fus paraît-il, jalouse, mais pendant peu de temps. Aussi loin que je me souvienne, j’étais fière d’être l’aînée : la première. Déguisée en chaperon rouge, portant dans mon panier galette et pot de beurre, je me sentais plus intéressante qu’un nourrisson cloué dans son berceau. J’avais une petite sœur : ce poupon ne m’avait pas. »